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Spirale descendante – le secteur humanitaire et l’adaptation au changement climatique

Isabelle Lemaire

Les changements climatiques augmentent la fréquence et l’intensité des conditions météorologiques exceptionnelles et donc le nombre de catastrophes naturelles. Face à l’accroissement de la fréquence de ces catastrophes, les communautés pauvres de tous les pays en développement qui sont déjà confrontées à une forte croissance de leur population, une dégradation de leur environnement et des infrastructures médiocres, disposeront d’un moindre temps de récupération et seront précipitées dans une spirale descendante vers la pauvreté. Ceci étant, il n’est pas surprenant que le secteur humanitaire commence maintenant à envisager des mesures de prévoyance et de réduction des risques afin d’affronter cette menace grandissante avec efficacité. Les organisations humanitaires telles que la Croix-Rouge ne se satisfont pas seulement de réagir aux désastres et cherchent à diminuer et prévenir les impacts des événements météorologiques dramatiques liés aux changements climatiques.

Les communautés pauvres s’adaptent déjà aux changements de climat. Elles n’ont pas le choix. Cependant, elles ne sont pas pleinement conscientes de la rapidité à laquelle le climat est en train de changer et de l’effet direct que ce phénomène aura sur elles. C’est là que des protagonistes externes peuvent intervenir pour les aider et c’est la raison pour laquelle la Croix-Rouge utilise maintenant comme outils principaux des mesures de prévoyance et de réduction des risques pour sauver des vies et des ressources face à l’intensification des conditions météorologiques exceptionnelles.

Problèmes urbains

Devant une urbanisation galopante, notamment en Asie et en Afrique, les organisations de secours tournent leur attention vers les pauvres urbains car elles considèrent les grandes villes comme des centres extrêmement vulnérables aux risques climatiques. Cette nouvelle perspective est un changement positif, mais le fait de cataloguer le climat comme un risque ne crée-t-il pas encore une autre case, une autre catégorie de problèmes ? Le changement climatique est un phénomène dont la complexité n’a jamais été anticipée. Plutôt qu’une nouvelle catégorie, le changement climatique est en fait un thème interdisciplinaire par excellence.

Entre les gratte-ciel, les autoroutes encombrées et les centres commerciaux de Jakarta, il existe de nombreux petits villages, ou bidonvilles, abritant les pauvres. Les problèmes fonciers y sévissent et les plus indigents sont nombreux à s’installer où ils peuvent, c’est-àdire souvent sur des terres qui sont fréquemment inondées. Ceux qui habitent des taudis mènent déjà une vie très difficile pour de nombreuses raisons. Les inondations représentent le problème le plus manifeste, mais elles ne surviennent pas en isolation. Les causes sont multiples mais en voici quelques-unes : la déforestation en amont augmente la quantité de sédiments et bloque le flux de l’eau dans un système déjà en difficulté, qui est mal géré et bouché par des déchets solides ; l’effondrement des sols causé par les tremblements de terre et l’assèchement des nappes phréatiques rend les terres de faible élévation plus sensibles aux inondations ; une extraction excessive de l’eau durcit le sol et augmente le ruissèlement.

Si en plus de la pauvreté et d’un accès insuffisant à la santé et à l’éducation, les personnes vivant dans la précarité doivent faire face à des précipitations extrêmement fortes et à l’élévation du niveau de la mer que suscite le changement climatique, elles auront d’autant plus de difficulté à se remettre de catastrophes naturelles.

Les résidents vivant dans ces taudis se sont adaptés aux inondations saisonnières, mais ne sont pas tout à fait prêts à l’aggravation de ces conditions que le changement climatique va leur faire subir. Les organisations telles que la Croix-Rouge considèrent l’adaptation au changement climatique comme une option viable pour sauver des vies et épargner de l’argent et des ressources. Il s’agit d’un changement de culture majeur pour les institutions qui travaillent dans l’humanitaire depuis des décennies, mais celles-ci peuvent jouer un rôle vraiment important en aidant les communautés à se préparer pour les moments difficiles à venir.

Liste de tâches

Toutes les parties ont beaucoup à faire. La liste des tâches est longue mais certaines peuvent être effectuées sans délai. Les organisations humanitaires ont besoin de renforcer les facultés de récupération et la sensibilisation dans les communautés vulnérables, tout en travaillant en collaboration plus étroite avec les gouvernements pour lancer des avertissements précoces sur la possibilité d’inondations. Les communautés quant à elles doivent trouver des solutions pour gérer leurs eaux usées et déchets solides de façon durable. Les collectivités locales doivent coopérer étroitement avec les communautés et les organisations non gouvernementales (ONG) pour trouver de nouveaux moyens de gérer l’eau et les logements afin de réduire la fréquence des inondations mais aussi de permettre aux communautés démunies d’accéder à des zones d’habitation plus sûres.

Le risque climatique n’est pas une catégorie indépendante. Il existe des risques liés aux conditions météorologiques et ces derniers présentent des dangers exponentiels en raison des changements climatiques. Il est urgent de s’adapter au monde complètement différent qui nous attend. La Croix-Rouge ne se contente plus de réagir mais veut prévenir, ce qui est un changement bienvenu compte tenu que nous tous, habitants des bidonvilles, gouvernements et ONG, avons besoin de repenser nos pratiques actuelles. Si les habitants de taudis continuent de jeter leurs détritus dans les égouts, que les gouvernements ne fournissent pas une gestion de l’eau adéquate et que les organisations humanitaires ne savent que répondre aux catastrophes, nous serons très bientôt accablés et ne pourrons que réagir.

Isabelle Lemaire est une cinéaste indépendante qui a travaillé récemment avec la Croix-Rouge en Indonésie sur un documentaire concernant les risques liés au climat à Jakarta.

The Red Cross Climate Centre: www.climatecentre.org

 
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