Asie
Arreon Carbon
Isabelle Lemaire
IIED/NEF
Thèmes
Asie
Développement
Societé
Recherche
 
 
 
Accueil | Asie | IIED/NEF
 
IIED / NEF logosLes défis du changement climatique et du développement en Asie

IIED/NEF - Hannah Reid (IIED) and Andrew Simms (nef)

Avec 60 % de la population mondiale, soit 4 milliards d’habitants, l’Asie sera l’un des grands théâtres du drame humain associé au changement climatique.

Selon le Panel Intergouvernemental sur le Changement Climatique, ce continent devrait enregistrer une hausse sensible de ses températures au cours de ce siècle et connaître des modèles de précipitations moins prévisibles et plus extrêmes, alternant périodes de sécheresse et inondations. Les cyclones tropicaux devraient également gagner en magnitude, tandis que les moussons, qui sont au coeur des pratiques agricoles, seront de moins en moins régulières et de plus en plus imprévisibles. Quant aux populations côtières des iles du Pacifique, elles sont déjà aujourd’hui victimes de la montée du niveau des mers sous l’effet de l’expansion thermique des océans et de la fonte des glaciers et des calottes polaires. La variabilité climatique naturelle, et notamment les moussons et le phénomène ENSO (El Niño Southern Oscillation), revêt une importance cruciale en Asie. Bien qu’il s’agisse là de deux régimes climatiques naturels, les modèles réalisés prévoient cependant une nette aggravation du phénomène ENSO.

Il est donc urgent d’agir aujourd’hui et de relever les 3 grands défis suivants :

  • Arrêter et inverser le réchauffement de la planète. Il est impératif de réduire les émissions de gaz à effet de serre afin d’éviter que les températures moyennes ne s’élèvent de plus de 2° C au-dessus des niveaux préindustriels. La probabilité de changements climatiques irréversibles augmente sensiblement au-delà de ce seuil ; les hausses de température de moins de 2°C condamneront cependant toujours un grand nombre d’îles du Pacifique. Les pays industrialisés se doivent de montrer l’exemple en termes de réduction des émissions.
  • Apprendre à vivre avec le réchauffement climatique si celui-ci se poursuit. Les pays les plus démunis nécessiteront une aide réelle pour s’extraire de leur situation de pauvreté grâce à des investissements considérables en matière d’adaptation, d’énergie renouvelable et de développement durable.
  • Concevoir un nouveau modèle de progrès et de développement humain qui soit à la fois respectueux de l’environnement et à l’épreuve du climat, et favorise un partage équitable des ressources naturelles dont nous dépendons.

Le cas de la Chine et de l’Inde

L’Inde et la Chine regroupent à elles seules plus d’un tiers de la population mondiale. Les taux de mortalité infantile y sont élevés (jusqu’à un enfant sur six) et le problème de la malnutrition n’a jamais été abordé de manière efficace, notamment en Asie du Sud, où la moitié des enfants de moins de 5 ans souffrent de ce fléau. Le déclin de la sécurité alimentaire devrait encore exacerber ce problème. Les récentes sécheresses généralisées subies par certains Etats d’Inde, dont le Maharashtra, ont entraîné une augmentation brutale du taux de suicide parmi les agriculteurs. Des précipitations de plus en plus fortes, notamment durant la mousson d’été, pourraient aggraver le risque de crue. De nombreuses inondations se sont déjà produites en Chine ces dernières années, essentiellement autour des bassins intermédiaires et inférieurs du Yangtze (Changjiang), du Fleuve Jaune (Huang He), Huaihe et du Haihe.

Agriculture et alimentation

L’Asie compte 87 % des 400 millions de petites exploitations agricoles recensées dans le monde. La Chine en regroupe près de la moitié, suivie de l’Inde avec 23 %. Pour relever le défi du changement climatique, cette agriculture à petite échelle devra bénéficier d’une assistance considérablement accrue et diversifier ses cultures locales en vue de favoriser la biodiversité. Au Bangladesh, où le secteur agricole emploie sept personnes actives sur dix, les changements de température et de précipitations affectent déjà les récoltes, et la superficie des terres arables diminue. Alors que la population ne cesse d’augmenter, la santé et la survie de millions d’habitants seront menacées en cas de déclin de la capacité de production alimentaire de la région. Le changement climatique exerce déjà des conséquences négatives sur la production agricole chinoise. Si aucune mesure n’est prise, la productivité de la Chine pourrait chuter de 5 à 10 %. La production des trois grandes cultures de base, que sont le blé, le riz et le maïs, pourrait même baisser de 37 % durant la seconde moitié de ce siècle.

Energie

A l’heure où la consommation de combustibles fossiles s’envole en Asie, les émissions de gaz à effet de serre par habitant restent nettement en deçà des niveaux que connaissent l’Europe et l’Amérique. L’Asie développe et se dote parallèlement de toute une panoplie de technologies d’énergies renouvelables propres et efficaces. En 2004, le cyclone Heta a frappé l’île de Niue, la plus petite nation du monde, dans le Pacifique et détruit 70 % de son infrastructure. Niue a depuis signé un accord avec Greenpeace pour adopter l’énergie éolienne et devenir ainsi le premier pays à couvrir entièrement ses besoins en énergie à partir de ressources renouvelables.

Santés

Les ouragans, les tempêtes et les fortes précipitations menacent directement la survie des populations. Les populations urbaines et côtières sont particulièrement exposées au risque d’ondes de tempête, d’inondations et d’érosion des côtes. Les crues entraînent également des crises sanitaires accrues, tandis que l’accès aux ressources d’eau potable est menacé par la sécheresse ou la fonte des glaciers. Le réchauffement de la planète se traduira par une recrudescence de nombreuses maladies, que celles-ci soient hydriques, à vecteur ou respiratoires. Au Bangladesh, les cas de paludisme affichent une hausse dramatique depuis 30 ans, tandis que les maladies hydriques représentent déjà 24 % des décès. L’année 2004 a été marquée par une vaste crise sanitaire, alors que les eaux d’égout se sont mélangées aux eaux en crue et se sont répandues à travers Dhaka, menaçant ainsi 10 millions de personnes. Selon les rapports de l’ONU, la boue jaillissait littéralement des bouches d’égout et on a noté une forte hausse des cas d’infections respiratoires aiguës, de diarrhée, de dysenterie, de jaunisse, de typhoïde et de gale.

Migration

La migration forcée est la forme d’adaptation la plus extrême et peut avoir des conséquences dévastatrices sur la santé et le sens d’identité, de culture et de sécurité des populations concernées. Elle peut également entraîner des conflits entre les communautés implantées de longue date et les nouveaux arrivants. Plusieurs nations du Pacifique, telles que Vanuatu, Kiribati et Tuvalu, procèdent déjà aujourd’hui au relogement des populations victimes de l’érosion des côtes et de la montée du niveau de la mer. Les habitants des Iles Carteret, un archipel de six îles au large de Bougainville, devraient être relogés sur le continent en 2008. Il existe désormais un besoin urgent de plans coordonnés, tant à l’échelle régionale qu’internationale, pour reloger les communautés menacées et mettre en place tout un arsenal politique, juridique et financier.

Villes

Alors que la population des villes asiatiques ne cesse d’augmenter, il incombe aujourd’hui aux autorités urbaines d’évaluer les risques existants ou futurs liés au changement climatique. Les administrations municipales sont cependant souvent faibles et ne disposent pas de ressources suffisantes. Et même lorsqu’elles adoptent des politiques progressives, elles n’ont souvent pas les moyens nécessaires pour assurer la mise en oeuvre des bonnes pratiques de conception et de prestation de ces services. La ville de Mumbai, le pôle financier de l’Inde, est particulièrement exposée à la montée du niveau de la mer, et un tel scénario pourrait entraîner des pertes financières incommensurables pour ce pays. La réduction des émissions de gaz à effet de serre doit donc être une priorité dans les villes. Les projets qui encouragent les développements à basse émission carbonique et la protection des ressources en eau et des forêts seront amenés à jouer un rôle vital.

Inégalité entre les sexes

Lors du cyclone et des inondations qui ont frappé le Bangladesh en 1991, le taux de mortalité des femmes était presque cinq fois supérieur à celui des hommes. Si les hommes, qui fréquentent souvent les lieux publics, ont pu s’avertir mutuellement, ces informations n’ont pas toujours été relayées à leurs familles. De nombreuses femmes n’ont d’ailleurs pas le droit de quitter leur maison, si elles ne sont pas accompagnées par un parent de sexe masculin. Celles-ci ont donc tragiquement attendu que leurs époux viennent les secourir. La plupart des femmes asiatiques n’apprennent en outre pas à nager.

Les réponses au changement climatique concernent des secteurs d’activité qui sont essentiellement confiés à des femmes, tels que l’agriculture, l’eau et l’énergie. Bien qu’elles constituent le gros de la main-d’oeuvre, les femmes prennent rarement les décisions. Un meilleur contrôle des ressources et une plus grande participation au processus décisionnel, couplés à un meilleur accès à l’éducation, renforceraient l’autonomisation des femmes et l’efficacité des mesures communautaires en matière d’adaptation et de lutte contre le changement climatique.

Eau et sécheresse

Des régions entières d’Asie sont sensibles aux moindres variations du cycle glaciaire de l’Himalaya. Au cours des dix dernières années, le retrait des glaciers et la fonte du permafrost sur les hauts plateaux du Nord de l’Asie se sont accélérés. Ces glaciers, qui alimentent sept des plus grands fleuves d’Asie (le Ganges, l’Indus, le Brahmapoutre, la Salween, le Mékong, le Yangtze et le Huang He), assurent l’alimentation en eau de milliards d’habitants. Les conséquences d’une récession glaciaire vont, à court terme, du risque accru d’inondations dans le bassin-versant himalayen à une réduction du débit de ces fleuves à plus longue échéance Les habitants de la région du Thal, au Penjab (Pakistan) sont aujourd’hui confrontés à des étés plus longs et des hivers plus courts. Certains habitants redécouvrent des modes de vie traditionnels, plus adaptés à la sécheresse. La culture de rente du gram, pratiquée quatre mois de l’année, dépend de précipitations suffisantes et régulières ; mais dans la mesure où celles-ci sont de plus en plus incertaines, la culture du gram fait aujourd’hui figure de pari risqué. Si le gram offre un rendement unique lorsque la pluie est au rendez-vous (il ne nécessite ni engrais ni pesticides), les récoltes peuvent être facilement perdues dans le cas contraire. De 1998 à 2002, le Pakistan a dû faire face à l’une des pires périodes de sécheresse de son histoire. De nombreux habitants se sont alors tournés vers des modes de vie plus traditionnels ainsi que vers la culture de plantes et arbres indigènes et l’élevage d’espèces locales.

Côtes

Plus de la moitié de la population d’Asie et du Pacifique vit près des côtes et la région abrite d’immenses deltas. Les gouvernements des pays concernés doivent aujourd’hui choisir entre des solutions techniques, onéreuses et imprévisibles ou des approches plus naturelles, telles qu’un « retrait géré ». Les récifs de coraux d’Asie et du Pacifique subissent déjà des dommages accrus, alors que la hausse de la température des mers entraîne le blanchiment des coraux et menace la survie de nombreux récifs. Une telle évolution affectera les ressources locales, dont la pêche, qui sont vitales pour de nombreuses communautés démunies, et réduira la valeur touristique de ces destinations. Le Vietnam sera l’une des plus importantes victimes de la montée des eaux. Une hausse de 1 mètre se traduirait par des pertes annuelles de 17 milliards de dollars US et une perte de plus de 12 % des terres les plus fertiles. Les meilleures terres agricoles, qui abritent 50 % de la population, se situent dans les régions basses du delta du Mékong et du Fleuve Rouge. Plus de 17 millions d’habitants, dont 14 millions dans le seul delta du Mékong, pourraient ainsi perdre leurs habitations.

Biodiversité

La déforestation et la pollution des ressources en eau ont déjà dévasté une grande partie de la riche biodiversité du Vietnam. Selon d’autres estimations, une montée de 90 cm du niveau de la mer pourrait entraîner la perte d’un tiers des réserves du Vietnam et de plus d’un quart de sa biodiversité connue. Les forêts tropicales renferment des espèces connues des populations locales pour leurs propriétés, notamment dans le domaine médical. Elles offrent également un gagne-pain à ces mêmes populations et représentent un vaste puits de carbone. L’adoption de mesures beaucoup plus strictes est indispensable pour protéger ces forêts de toute exploitation non durable et de la destruction liée au développement agricole et des cultures de biocarburants.

Catastrophes naturelles

Les régions déjà exposées au risque de catastrophes naturelles seront encore moins en mesure de s’adapter. Le Bangladesh ne dispose que d’une capacité d’adaptation limitée, qui s’explique en partie par le nombre important de catastrophes naturelles (au moins 174) subies par ce pays entre 1974 et 2003. L’Asie est aujourd’hui confrontée à des phénomènes météorologiques extrêmes d’une intensité et d’une fréquence accrues, tels que les crues dévastatrices qui ont frappé le Sud du continent en 2007. Il est impératif de consacrer de nouvelles ressources à la réduction des risques de catastrophes, et les approches ponctuelles doivent désormais céder la place à une assistance à plus long terme qui s’attaquera aux causes sous-jacentes de l’insécurité alimentaire.

Cet article est extrait du cinquième rapport du UK Working Group on Climate Change and Development: Up in Smoke? Asia and the Pacific. Ce rapport téléchargeable est disponible sur www.upinsmokecoalition.org

 
Partenaires stratégiques
 
Galerie
Cliqueter pour la Galerie
 
Contributeurs
Cliqueter pour une liste de Collaborateurs
 
Valid XHTML 1.0 Strict