| Déterminer le coût et le rôle du carbone à l’avenir
CO2 Global
La route qui mène de Kyoto à Bali ressemble au premier abord à une
porte à tourniquet, dans laquelle il serait impossible de reculer ou
d’avancer. Si les paroles l’ont jusqu’ici emporté sur les actes à l’intérieur,
la température extérieure ne cesse, elle, de grimper. Le protocole de
Kyoto avait cependant également pour objectif de sensibiliser la planète
aux problèmes de l’environnement, et a rempli sa mission à cet égard.
Loin d’avoir été perdues, ces dix dernières années nous ont en fait
permis de nous préparer aux tâches qui nous attendent.
Capture et stockage du carbone
On sait depuis Kyoto qu’il est aujourd’hui possible de réduire
sensiblement les émissions de dioxyde de carbone (CO2) grâce à de
nouvelles technologies de capture et de stockage du carbone (CSC).
D’ici 2020, nous pourrions bien assister à la mise en oeuvre
commerciale d’une technologie qui nous permettra de relever le
double défi du changement climatique et de notre dépendance
continue à l’égard des combustibles fossiles.
Si les CSC ont jusqu’à présent fait couler beaucoup d’encre, les actes
tardent encore à suivre. La plupart des travaux s’appuient sur des
budgets de recherche et de développement et bénéficient de l’appui des
Etats. Mais les investissements à long terme de capitaux privés se font
encore attendre : les investisseurs se contentent prudemment de limiter
les risques. La lutte contre le changement climatique ne saurait
cependant se limiter à des crédits de carbone à bas prix combinés à des
mécanismes de développement propre et peu coûteux. Les
technologies, l’ingénierie et le développement de projet seront amenés à
jouer un rôle considérable. C’est précisément là l’enjeu de CO2-Global.
Depuis sept ans, CO2-Global s’efforce d’identifier, de développer et
de commercialiser de nouvelles technologies, de créer des
partenariats stratégiques, de rassembler les compétences
professionnelles et d’identifier de nouvelles opportunités. La
production d’énergie à partir de combustibles fossiles sans émissions
de CO2 est une technologie cruciale si l’on veut assurer la
croissance économique durable des nations en développement.
L’un des nos partenaires de projets est la société Clean Energy
Systems (CES) Inc., fondée par un groupe d’anciens chercheurs de
l’industrie aérospatiale. En 2002, CES a testé une nouvelle chambre
de combustion permettant la production d’énergie sans émissions.
Son générateur de gaz est aujourd’hui utilisé en Amérique du Nord
et en Europe, en collaboration avec de grands partenaires industriels.
Avec Jacobs Engineering et Siemens Power Generation, CO2-Global
fait partie du consortium chargé par le gouvernement britannique
d’étudier la mise en oeuvre de chambres de combustion CES dans
des turbines de 500 MW. Ces machines pourraient être disponibles
dès 2012 à la condition qu’il existe une réelle motivation
commerciale. Il est également envisagé d’intégrer cette même
technologie CES sur des turbines plus modestes : l’adoption d’une
technologie à émission zéro sur certains marchés spécialisés est une
évidence commerciale.
En Norvège, CO2-Global détient plus de 30 % de ZENG AS : la
société envisage aujourd’hui de déployer une centrale de
démonstration à échelle industrielle de 70 MW pour cycles
d’oxycombustibles avancés. Ces travaux bénéficient du soutien du
gouvernement norvégien et du concours de grandes sociétés du
secteur pétrolier et de l’énergie. Ce sont là des entreprises qui
comportent des risques élevés et qui ne rapporteront qu’à long terme.
Le CO2 (« physique » et « évité ») deviendra cependant une matière
première, tout comme le pétrole le fut au début du siècle dernier. Il
sera intéressant d’observer les parallèles et l’émergence, tout comme
autrefois, de nouvelles entreprises.
Une matière première comme le pétrole
A l’époque du protocole de Kyoto, en 1998, le cours du baril de pétrole
était de 12 dollars US. Il a depuis été multiplié par sept pour atteindre
les 84 dollars. L’industrie pétrolière de l’Ouest du Texas produit plus de
220 000 barils par jour et utilise du CO2 pour la récupération assistée
du pétrole (RAP). Au cours des six dernières années, le prix du CO2 a
quadruplé, passant de moins de 8 dollars la tonne à plus de 32 dollars,
sous l’effet de la flambée des cours du pétrole et (ironiquement) d’une
pénurie de CO2 ! Le CO2 destiné aux activités RAP ne devrait
cependant représenter qu’une petite partie du marché mondial de la
capture et du stockage du carbone (CSC). La véritable question
concerne le prix du carbone à long et moyen terme.
Ce coût sera initialement déterminé par les politiciens et les
régulateurs. A titre d’exemple, la taxe norvégienne sur le CO2 offshore,
introduite en 1991, a varié de 35 à 50 dollars par tonne de CO2, un
niveau certes insuffisant pour déclencher des investissements dans les
nouvelles technologies de capture, mais suffisamment important pour
justifier l’injection de 1 million de tonnes de CO2 par an dans le projet
Sleipner, un projet pilote de stockage de CO2 amplement documenté.
Prenons l’ETS, le système de transaction européen, où les crédits 2007
sont inférieurs à 0,07 euros, alors que ceux pour 2008 s’élèvent à plus
de 20 euros la tonne de CO2, dans la mesure où les régulateurs ont
changé les règles et poursuivront dans cette voie jusqu’à ce que les
gouvernements réduisent de façon importante leurs émissions de CO2. Mais à quel moment le marché « réel » prendra-t-il le dessus ? La
combinaison de CSC et de transactions de crédit crée les conditions
idéales. Face aux restrictions plus strictes en matière d’émissions
admissibles, le prix de ces crédits augmentera et entraînera de
nouveaux investissements dans les technologies de capture les plus
efficaces. Celles-ci assureront un approvisionnement accru du marché.
Le prix des crédits avoisinera finalement le coût du « CO2 évité » à
l’aide de la technologie CSC. Le prix s’approchera probablement de 50
euros par tonne évitée (contre la moitié ou deux fois ce chiffre).
A long terme, le coût des CSC continuera à baisser. Dans certains
secteurs, le CO2 « physique » pourra être étroitement lié à la hausse
du prix du pétrole, comme c’est déjà le cas au Texas. En règle générale,
on considère que la valeur du CO2 en dollars par tonne peut
représenter trois-quarts du coût d’un baril de pétrole. Il ne s’agit certes
là que d’une indication, mais lorsque le pétrole franchira le seuil des 120
dollars, le CO2 aura une valeur de 90 dollars, soit considérablement
plus que le coût anticipé de sa capture.
Il nous appartient aujourd’hui de réfléchir différemment : les
investisseurs le savent lorsqu’ils évaluent les risques et les profits. Les
combustibles fossiles pourront alors être utilisés de manière durable
grâce à la technologie CSC : le carbone repartira alors d’où il vient...
dans le sol !
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