| Préserver Venise : un ouvrage de protection, contre les conséquences du
changement climatique
Venice Water Authority
4 novembre 1966 : Venise et sa lagune sont entièrement submergées
par plus d’un mètre d’eau. Les dommages subis par l’extraordinaire
patrimoine historique, artistique et environnemental de la cité et de
la lagune sont incalculables, et il devient évident que la survie même
des villes et villages de la lagune ne pourra être garantie si rien n’est
entrepris en vue d’assurer leur protection.
Le problème: l'augmentation des hautes marées
Bien que des conditions météorologiques favorables aient permis de
prévenir la répétition d’un événement similaire, voire même encore
plus catastrophique, le risque demeure bien concret et
omniprésent,et l’image d’une «Venise qui s’enfonce » est une realité
qui pourrait devenir de plus en plus fréquentealors que le mer et la
terre s’est profondément modifié depuis le début du XXe siècle : du
fait de l’affaissement du sol
(subsidence) et de la montée du
niveau de la mer (eustatisme),Venise a
« perdu » plus de 23 cm par rapport
aux eaux. La perte de ces quelques
centimètres – qui revêtent une
importance considérable pour une
ville construite sur l’eau – a intensifié
la fréquence et la gravité des hautes
marées. En outre, le phénomène
risque de s’aggraver encore à l’avenir,
alors que l’on s’attend à une montée
du niveau de la mer liée à l’effet de
serre.
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| La passe de
Chioggia et les chantiers en cours. Sur la rive nord de la passe, on peut
voir les travaux de réalisation du port de refuge avec les bassins de
navigation qui permettront le passage des bateaux de pêche, des moyens
de secours et des petites embarcations durant le fonctionnement des
vannes lors des hautes marées. |
Près de 40 ans après la grande
inondation de 1966 et autant d’années
d’un débat intense, un système digues
mobiles aux trois passes lagunaires,
baptisé Mose, a été mis en chantier en
2003 afin de protéger définitivement
Venise contre les hautes marées, que
celles-ci soient exceptionnelles et
menacent la survie même de la ville ou plus fréquentes, et érodent
ses structures physiques, tout en nuisant à la qualité de vie générale.
Le système de digues mobiles et la protection générale du front de
mer (avec renforcement du littoral et réhabilitation des jetées) ont
été conçus pour résister à une montée du niveau de la mer jusqu’à
60 centimètres au cours du prochain siècle et faire ainsi face aux
prévisions les plus pessimistes des organismes internationaux. Dans
son rapport sur l’État du monde en 2006 de janvier dernier, le
Worldwatch Institute cite ainsi l’exemple des mesures prises par
Venise et les Pays-Bas dans leur lutte contre les effets du changement
climatique.
La solution: le système Mose
Les digues mobiles sont remplies d’eau et complètement invisibles,
lorsque le niveau des marées est normal : elles sont maintenues par
un système de charnières et reposent dans des caissons situés au
fond des canaux d’accès à la lagune. En cas de prévision de haute
marée, on pompe de l’air comprimé
dans les vannes pour les vider et
celles-ci flottent jusqu’à la surface,
créant ainsi une barrière continue,
mais provisoire, entre la mer et la
lagune. Grâce à un système d’écluses,
les petits embarcations pourront
accéder à la lagune lorsque les digues
mobiles seront en fonctionnement.
Des écluses situées au Lido et à
Chioggia accueilleront ainsi les
bateaux de plaisance et de pêche,
tandis que les navires de plus grand
tonnage devront faire route vers
Malamocco.
Les travaux se
poursuivront pendant huit ans, et
Venise devrait être définitivement
protégée contre tout risque de hautes
marées d’ici 2012. Il s’agit du plus
grand projet de ce type au monde : des chefs de projets, scientifiques
et techniciens ayant travaillé sur les systèmes de protection de la
Tamise (Royaume-Uni), de l’Escaut et de Rotterdam (Pays-Bas) et de
la Neva à Saint-Pétersbourg (Russie) participent à des réunions et
des groupes de travail aux côtés des concepteurs et ingénieurs du
système Mose, et suivent avec intérêt l’évolution des travaux en
cours et les innovations, y compris sur le plan de la gestion et des
retombées économiques.
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| Détail d’une rangée de vannes en fonctionnement |
Le système Mose s’inscrit au coeur d’un vaste programme
d’interventions confié à l’Etat en vertu d’une « législation spéciale
pour la sauvegarde de Venise » et mené à bien par le Ministère des
Infrastructures et son bureau technique, la Magistrature des Eaux de
Venise, par le biais du Consorzio Venezia Nuova. Ce programme
d’interventions se divise en lignes d’action distinctes mais
interdépendantes, allant de la protection contre les marées hautes et
les tempêtes à la réhabilitation de la morphologie et l’amélioration
de la qualité des eaux et des sédiments de la lagune.
Le projet tout entier est en cours de réalisation avancée et constitue
un vaste programme de défense, de réhabilitation et de gestion de
l’environnement, dont l’importance fondamentale dépasse le simple
cadre du volume physique pour englober l’acquisition d’un précieux
savoir-faire. L’engagement de l’État italien vis-à-vis de Venise remonte
déjà à de nombreuses années. Outre le gouvernement central,
d’autres autorités - dont la région de la Vénétie pour la lutte contre
la pollution et les municipalités de Venise et de Chioggia pour
l’entretien urbain – jouent un rôle important en matière de
protection générale de la ville et de la lagune.
Grâce au système Mose,Venise sera bientôt à l’abri. La ville bénéficie
cependant parallèlement d’un vaste programme de développement
de qualité grâce aux activités d’études, d’expérimentation, de
surveillance et de réalisation inhérentes à un projet d’une telle
complexité. À l’époque de l’effet de serre et de la montée du niveau
des océans,Venise s’apprête à donner une nouvelle fois au monde,
tout comme à l’époque de la Sérénissime, une leçon de survie face à
la mer.
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