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Julia Marton-Lefèvre, Director General, International Union for Conservation of Nature

Julia Marton-LefèvreLe changement climatique est sans doute le plus grand défi auquel l’humanité doit faire face. Il ne concerne pas uniquement les générations à venir. L’impact du changement climatique est déjà évident – les espèces, les écosystèmes et les populations de la planète doivent déjà s’adapter à un climat en pleine évolution. C’est parce que nous en sommes conscients que l’adaptation est devenue pour nous un enjeu pressant, qui figure à l’ordre du jour des négociations de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC). Le plan d’action de Bali de la CCNUCC (2007) soulignait la nécessité de renforcer les actions pour l’adaptation, en soutenant des mesures en faveur du développement et visant à réduire la vulnérabilité, surtout pour les pays en voie de développement. Bien que l’adaptation soit maintenant reconnue comme une urgence, il reste encore beaucoup à faire pour mettre en œuvre des stratégies d’adaptation efficaces et durables sur le terrain. Des fonds considérables sont également requis : les coûts estimés des programmes d’adaptation dans les pays en voie de développement se chiffrent en milliards, alors que les fonds disponibles se chiffrent en millions.

S’ils sont responsables d’émissions de gaz à effet de serre bien moins importantes par habitant que les pays développés, les pays en voie de développement seront néanmoins au premier rang de ceux qui subiront l’impact du changement climatique. Ce sont notamment les communautés rurales, dépendant souvent des ressources naturelles sur place, qui seront les plus touchées, surtout celles qui sont implantées dans des écosystèmes très vulnérables - îles à faible élévation, zones arides, etc. Or, par le biais d’une gestion durable et de l’utilisation équitable des ressources naturelles, les écosystèmes et les populations peuvent s’adapter au changement climatique. La gestion des mangroves et d’autres zones humides, par exemple, offre un moyen de restaurer et de protéger les ressources côtières et les bassins versants et une protection face aux événements climatiques extrêmes. Les approches d’adaptation fondées sur l’écosystème tiennent compte du rôle de l’infrastructure naturelle parallèlement aux ouvrages construits, pour la protection contre les crues, par exemple. Les écosystèmes sains n’offrent pas seulement une protection contre les événements climatiques extrêmes. Ils jouent un rôle crucial : nourriture, contrôle des maladies et carburants essentiels pour réduire la vulnérabilité des populations et renforcer la capacité d’adaptation des communautés. Le programme de travail de Nairobi est une plateforme clé qui permettra de tirer des leçons, de faire évoluer les connaissances et de faciliter l’application du principe d’adaptation centré sur l’écosystème.

Les négociations de la CCNUCC dans l’optique d’un régime mondial de changement climatique post-2012 devront aboutir à un accord sur des objectifs à moyen et à long terme relatifs aux émissions, basés sur des responsabilités partagées, mais différenciées. Il s’agira également de se mettre d’accord sur la manière dont ces objectifs pourront être respectés. Parmi les options évoquées actuellement, la réduction des émissions issues de la déforestation et de la dégradation dans les pays en voie de développement (REDD) est un moyen potentiel de réduire de façon significative les émissions. Option pratique et économique d’atténuation, REDD permet aussi aux forêts de jouer leur rôle crucial d’écosystème. Tout accord REDD qui sera conclu doit également être en faveur d’une gouvernance équitable et efficace, envisager le partage des bénéfices, être participatif et basé sur une politique de gestion forestière durable.

La COP-14 de la CCNUCC à Poznan sera une opportunité de faire avancer ces discussions essentielles pour aboutir à une vision partagée des actions coopératives et à des objectifs de réduction des émissions à long terme. C’est un défi majeur. C’est aussi l’opportunité, d’ici la COP-15 de Copenhague, en 2009, d’aboutir à un accord qui sera bénéfique à l’environnement et aux populations. Tout ceci est entre nos mains - je me réjouis d’avance des progrès qui seront réalisés lors de la réunion de Poznan.

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