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L’Afrique, l’énigme du MDP

OneCarbon

L’Afrique est le continent qui sera le plus affecté par le changement climatique. C’est également celui qui pour le moment bénéficie le moins du Mécanisme de Développement Propre (MDP). En effet, seuls 2% des projets MDP enregistrés se développent en Afrique qui représente pourtant le deuxième continent en terme de superficie et de population.

Au mois d’octobre 2008, 27 projets MDP étaient enregistrés en Afrique alors qu’un pays comme le Chili en compte 25. Au-delà de cette asymétrie continentale, on constate également un déficit régional : plus de la moitié des projets enregistrés sur le continent africain sont situés en Afrique du Sud, alors qu’environ 37% des projets sont implantés en Afrique du Nord. Les 50 pays de l’Afrique sub-saharienne (ASS), hors Afrique du Sud, abritent 10% de la population mondiale mais ont seulement vu l’enregistrement de 3 projets.

Pourquoi l’Afrique est elle à la traîne ?

Nombre d’explications ont été avancées quant aux raisons pour lesquelles le MDP n’a pas encore pris son envol en Afrique, les principales étant le manque de sensibilisation, de plans d’action politiques et d’infrastructures nationales. A ce problème s’ajoute des projets de taille modeste, des possibilités de financement proportionnellement limitées et un risque pays trop important pour les investisseurs qui perçoivent le marché Africain comme trop risqué, en comparaison à d’autres pays en voie de développement plus grands (et plus fortunés). Une autre cause du retard africain peut aussi s’expliquer par l’immaturité du marché pour les technologies porteuses en Afrique. En effet, l’Afrique présente un énorme potentiel pour les projets de biomasse et de gestion sylvicole, mais la foresterie n’a jusqu’ici eu qu’un succès pour le moins limité dans le cadre du MDP, avec un seul et unique projet enregistré dans le monde. Le PNUE, la Banque Mondiale, la Commission Européenne ainsi que la BAD ont investi des millions d’euros dans des programmes de renforcement des capacités en Afrique, sans que l’on sache encore si cela portera ses fruits.

Quelles sont les solutions ?

Là encore, le débat est prolixe et les propositions vont d’une mobilisation des acteurs privés au déploiement d’aides financières ; de la mise en place de politiques nationales qui s’inscrivent dans la continuité du MDP au groupement de projets de petite échelle jusqu’à l’utilisation de solutions plus innovantes issues du marché carbone.

Bien que la Conférence sur le Changement Climatique de Copenhague à l’horizon 2009 réunira les gouvernements du monde pour décider de la structure, de l’étendue et de la forme à donner au système de mitigation du changement climatique post-2012, il a d’ores et déjà été convenu que le MDP perdurera.

Toutefois les scénarios divergent : un éventail de régions et de secteurs potentiels pourraient être inclus. L’Afrique, et en particulier les pays les moins avancés, verront certainement se mettre en place une forme de mécanismes de flexibilité similaires au MDP, du moins d’un point de vue de sa politique. Mais verra-t-on des projets se développer ?

Encourager le marché

Deux solutions alternatives sont déjà envisagées : le marché volontaire de réduction des émissions et le développement des projets dénommés « Base of the Pyramid » (« BoP ») pourraient tous deux fonctionner au-delà des limites traditionnelles imposées par le MDP et favoriser les opportunités de développement de projets en Afrique.

Le marché volontaire se développe rapidement aux côtés des marchés obligataires établis par le protocole de Kyoto. Historiquement ce marché se focalise sur les projets de gestion sylvicole qui permettent aux individus et aux petites entreprises de compenser leurs émissions de GES afin d’afficher le caractère responsable de l’entreprise et d’améliorer son image publique. Toutefois, ce marché évolue et se concentre aujourd’hui, tout comme le MDP, sur des projets industriels liés au secteur de l’énergie.

Nombre de standards ont été développés afin de démontrer la qualité des projets volontaires. Ces standards, semblables à ceux du MDP, s’affranchissent de certaines contraintes du MDP qui rendent le développement de projets africains quasi-impossibles. De plus, certains standards, tel le Gold Standard, vont jusqu’à exiger qu’un projet démontre sa valeur ajoutée d’un point de vue socio-économique, et font ainsi progresser la valeur sociale des investissements carbones dans les pays hôtes.

Bon nombre de développeurs de projets en Afrique commencent à investir dans le marché volontaire comme solution alternative au marché MDP déficient. Sans doute le font-ils à juste titre : développer des crédits carbone de qualité sous l’égide d’un standard suivant les règles de base du MDP est une manière de contourner certaines des barrières rédhibitoires liées au développement de projets MDP – tel le manque d’infrastructure politique et les délais d’approbation par le pays hôte.

De plus la demande ne manque pas pour les VER (en anglais Voluntary Emission Reductions), ces crédits carbone liés aux projets du marché volontaire. Actuellement la demande pour les VER double, voire triple chaque année. Les sociétés tout comme les gouvernements, que ce soit en Europe ou aux Etats-Unis, dépensent de plus en plus d’argent dans la compensation de leurs émissions à des fins de responsabilité sociale, bien au-delà de leurs obligations Kyoto.

Le marché volontaire propose bien plus que la simple génération de crédits VER par les projets Africains. Les acheteurs de ce marché ont tendance à se procurer des crédits de la génération actuelle, chaque année et non pas à l’avance, et rarement pour le même type de projet. Dès lors, il se pourrait bien que le marché volontaire se diversifie pour couvrir de nouveaux pays et des technologies innovantes. De plus les projets basés en Afrique sont, en principe, idéaux pour un marché volontaire poussé par la responsabilité sociale des entreprises (RSE). Avec le temps, on peut imaginer que de nouveaux types de projets et de technologies ayant démontré leur efficacité dans le marché volontaire soient repris par les marchés issus du protocole de Kyoto. La CCNUCC pourrait évaluer les succès du marché volontaire pour en approuver les méthodologies. En fin de compte, la voie du marché volontaire pourrait donc bien lancer le marché MDP en Afrique, en favorisant et en stimulant l’innovation et la diversification des projets.

De bas en haut

Selon les statistiques publiées par la Banque Mondiale, moins de 25% des foyers africains ont accès à une source d’énergie moderne, et on estime à 500 millions le nombre d’Africains qui n’ont pas accès à l’électricité. A l’instar des projets MDP programmatiques, les projets BoP s’appuient sur de nombreux changements à petite échelle pour faire une grande différence au niveau de leur impact carbone. Le principe fondamental de ces projets est de vendre de l’énergie provenant de sources renouvelables aux consommateurs des pays les plus pauvres du monde (les 4 milliards d’êtres humains qui vivent avec moins de $3260 dollars par an) qui n’ont que peu ou pas d’accès au réseau électrique. Les projets typiques BoP reposent sur des biens de consommation tels les fours à haute efficacité énergétiques ou les lampes à faible consommation. Différents projets de ce genre ont déjà été lancés.

Les crédits carbone ont un rôle essentiel à jouer pour offrir des solutions abordables aux communautés locales qui ne disposent que de très peu de revenus. Comme on s’y attendait, les premiers projets lancés ont dû faire face à des difficultés de démarrage, comme des taux de réussite initialement faibles ainsi que des délais dans le lancement des projets. Néanmoins, il existe un énorme marché potentiel inexploité et les premiers projets commencent à se mettre en place. Avec l’appui de la finance carbone, il est certainement possible de réussir à développer des solutions et des produits innovants, abordables, sensés et culturellement adaptés.

Ce que l’avenir nous réserve…

Le marché volontaire et les projets « base de la pyramide » ont le potentiel de jouer un rôle de catalyseur pour les projets carbone en Afrique, pendant que les gouvernements travaillent sur des scénarios post-2012 visant à rendre le MDP en Afrique attrayant pour les acheteurs du marché Kyoto.

Le chemin à parcourir pourrait bien s’avérer long et tortueux. Néanmoins, l’Afrique est l’une des régions qui a le plus de chance de voir un régime carbone contribuer au développement durable post-2012.

L’Afrique présente également un fort potentiel de marché, si l’on considère le déficit énergétique des millions de foyers du continent. Avec les efforts communs des institutions gouvernementales, des ONG et l’implication du secteur privé, le MDP a toutes les chances de percer en Afrique.

By Max Horstink, with the contribution of Ecofys.

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